mercredi 16 mai 2018

Théorie : 200 ans de marxisme

1818-2018 : la pensée de Karl Marx n’a pas perdu de sa fraîcheur


Des sourcils ont dû sérieusement froncer à la City de Londres à la lecture du journal The Independant et de l’interview du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, réalisée à la mi-avril. Celui-ci avertissait ses pairs : « Marx et Engels peuvent devenir à nouveau pertinents ». 200 ans après la naissance de Karl Marx, pourquoi donc ses idées suscitent-elles toujours autant d’intérêt et même de craintes ?

– Article de notre camarade Nicolas Croes, Parti socialiste de lutte (section belge du CIO)

lundi 14 mai 2018

CI : Enlèvement d’enfants

Le symptôme d'une société malade


Le phénomène de l’enlèvement des enfants est aujourd’hui une réalité très inquiétante pour la population ivoirienne. Ce phénomène crée la psychose totale parmi la population, de sorte que personne n’a plus confiance en son prochain ou en son voisin, car les quelques cas où ces malfaiteurs ont criminels ont été arrêtés, comme pour le cas du petit Bouba qui a fait du bruit dans tout le pays, il s'est avéré que ces criminels sont souvent des proches de la famille de leurs victimes ou de l’enfant. 

La question est donc de chercher à comprendre ce qui peut bien pousser des adultes à ôter la vie à ces êtres sans défense. Nous vivons en fait dans une véritable culture du sacrifice. Les maux engendrés par la société capitaliste et son aliénation sont tels que la plupart des citoyens sont plongés dans un désespoir. Personne ne comprend pourquoi les riches sont riches, les pauvres sont pauvres, pourquoi  un tel a un travail et l’autre n’en a pas… 

Vu l’ignorance des lois économiques et sociales, on invente alors des causes mystiques, tout comme nos ancêtres pensaient que la pluie était envoyée par Dieu ou par les génies. On se dit que sacrifier 10.000 francs à l’église nous rapportera, que se priver de nourriture pendant une semaine nous fera gagner un travail, attirera sur nous les faveurs divines.

Comme si c’était Dieu qui avait créé l’argent ! Comme si c’était Dieu qui investissait dans l’économie du pays ! Comme si nos dirigeants étaient riches par une grâce divine, et non pas par l’exploitation du travail du peuple, leurs petits trafics et le détournement des biens publics ! Du sacrifice d’un repas ou d’une liasse de billets de banque au sacrifice d’animaux puis d’enfants, il n’y a qu’un pas ! La reine Pokou n’a-t-elle pas elle-même donné l’exemple ? 

C’est le désespoir qui pousse l’homme à faire du mal à son prochain. La société capitaliste nous met en concurrence les uns avec les autres : quand tu arrives pour une offre d’emploi et que tu vois dix autres candidats assis là, en même temps tu commences à les maudire eux tous dans ton cœur, tout comme eux-mêmes ont commencé à te maudire dès qu’ils t’ont vu. C’est le même phénomène entre nos hommes politiques qui briguent les mêmes postes, nos patrons qui briguent les mêmes marchés ou qui luttent pour s’arracher la clientèle.  

C’est cette société qui nous pousse à lutter les uns contre les autres et qui nous fait perdre la compassion. Celui qui est bon et généreux est vu comme un perdant, un mouton. Comme il est loin le  temps du travail partagé aux champs, des générations qui s’entraidaient… S’il faut condamner les sacrifices humains, il est bon de s’attaquer à la racine du phénomène : le système capitaliste, qui engendre lui-même la pauvreté, le chômage, les inégalités, la précarité, l’ignorance et les superstitions religieuses qui en découlent.


mercredi 9 mai 2018

Histoire : Grève générale de mai 1968

Lorsque le prolétariat français a failli renverser le capitalisme


Dans le monde actuel, préoccupé par l'émergence d'une « nouvelle guerre froide » entre les grandes puissances mondiales, les évènements d'il y a 50 ans dans un pays d'Europe loin de nous peuvent sembler peu pertinents. Mais pour ceux qui cherchent comment nous pouvons parvenir à un monde différent, un monde socialiste, il est crucial de se pencher sur les « évènements » de mai 1968 en France.

C'est ce qu'explique notre camarade Clare Doyle (Secrétariat international du Comité pour une Internationale ouvrière)

vendredi 4 mai 2018

Théorie : Pourquoi y a-t-il du chômage ?

La conséquence logique du « développement » capitaliste


Décrocher un emploi est le premier souci de nombre d’entre nous. Car celui qui ne travaille pas ne mange pas ! Le ministre de l’Emploi nous a pourtant encore affirmé ce 15 janvier 2018 que le taux de chômage dans notre pays est en baisse constante, il vaudrait aujourd’hui à peine 2,8 %. Foutaises ? Mais pourquoi y a-t-il du chômage, pourquoi est-il si difficile de gagner un travail de nos jours ? Alors qu’il y a 100 ans les colons étaient contraints de recourir aux travaux forcés, aujourd’hui on se tue pour gagner un travail ! Pourtant, on a beau faire de longues études, des masters et des doctorats, cela n’est toujours pas une garantie.

– camarade Guide

mercredi 25 avril 2018

CI : Élections locales ou tripatouillage électoral ?

Les élections locales auront-elles lieu ?


Pas pour maintenant, à ce qu’il semble, le gouvernement ayant décidé de prolonger de façon unilatérale le mandat des maires et des présidents des conseils régionaux. Pourquoi donc ce retournement de situation ? Sans doute pour éviter d’effaroucher certains cadres de la coalition au pouvoir à la veille de l’unification du RHDP ? Quoi qu’il en soit, ce pouvoir prend de nouveau des libertés avec la loi et le fonctionnement « normal » des institutions pour faire ce qu’il veut, quand il veut, quand ça l’arrange. De toute façon, ce n’est pas comme si la population était intéressée !

– camarade Castro

Par ailleurs, les élections sénatoriales (et la nomination expresse et anticonstitutionnelle du président du Sénat) qui ont eu lieu récemment ont démontré la grande indifférence de la population vis-à-vis de tout ces petits jeux. Alors qu’au Burkina ou au Sénégal, la création d’un Sénat a été prétexte à révolution, allant jusqu’à pousser à la chute des dictateurs, chez nous, c’est le calme plat – zéro. Tant les populations sont habituées à voir ce régime trafficoter les lois comme il le souhaite et sans que cela ait la moindre incidence sur nos vies.

C’est de la même manière que, malgré les problèmes qui minent la Commission électorale indépendante (CEI) dirigée par Youssouf Bakayoko, le RHDP s’entête coute que coute à la maintenir telle quelle, malgré la contestation des partis d’opposition et le fait que M. Bakayoko ait dépassé depuis des années la limite de son mandat légal. Rappelons que cette CEI s’est tristement illustrée lors des élections présidentielles de 2010, et qu’elle ne s’est pas améliorée depuis, avec des élections organisées n’importe comment et à la dernière minute, des taux de participation imaginaires et des résultats truqués, falsifiés à la faveur des candidats du parti au pouvoir.

Vu le caractère douteux de cette CEI, la tendance à terminer les élections dans la violence (souvenons-nous des élections municipales à Koumassi en 2013 ou des législatives à Bonon en 2012), et l’absence de tout parti politique un tant soit peu crédible, nombreux sont les Ivoiriens qui refusent de participer à leur « devoir civique » en boycottant les élections organisées en Côte d’Ivoire.

La démocratie suppose le choix du peuple, ce qui n’est plus le cas depuis quelques années dans notre pays. La démocratie, c’est la liberté d’expression, les élections libres et transparentes, mais malheureusement tout cela a perdu son sens aujourd’hui. On peut facilement se faire voler sa voix pendant le dépouillement au profit d’un candidat qu’on n’a pas choisi, et cela est presque devenu coutume. En Côte d’Ivoire, où l’opposition est inutile lorsqu’elle n’est pas muselée, on nous impose nos dirigeants comme au temps du parti unique de feu Félix Houphouët-Boigny. C’est ce qu’on appelle « démocratie à l’ivoirienne ». Où va notre cher pays, qui chante matin, midi et soir l’émergence en 2020 !

L’émergence tant vantée par nos cadres n’est en fait que l’émergence de notre classe dirigeante de patrons capitalistes, ivoiriens comme étrangers, dont la richesse dépend de notre exploitation dans le calme et l’ordre. Soyez sûr que cette émergence sera pour nous une véritable immersion. Or, pour répliquer chez nous le modèle chinois ou le modèle éthiopien, il est crucial pour le régime capitaliste de se doter d’organes de pouvoir forts qui garantiront que jamais la voix du peuple ne pourra se faire entendre par la voie légale. C’est là tout le sens des manœuvres actuelles.

Pour nous, s’il importe de continuer le combat pour la liberté d’expression et la démocratie, il faut aussi lutter en dehors de la lutte purement « politique » pour faire place à la lutte sociale – dans la rue, dans les zones industrielles, pour les revendications concrètes qui préoccupent au premier plan le citoyen : cherté de la vie, accès à l’eau, au logement, contre les violences, etc. Si nous parvenons à nous faire entendre et à nous imposer par cette fin, même les cadres du pouvoir seront forcés de nous suivre.

Enfin, c’est bien beau de vouloir lutter pour se faire entendre, mais encore faut-il avoir quelque chose à dire ! Un programme concret à proposer, une vision, une idéologie, pour le développement de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. Sans quoi, à quoi bon vouloir devenir maire, député ou conseiller régional ? Si ce n’est que pour reproduire, encore et toujours, les mêmes schémas de soi-disant développement capitaliste bourgeois, et finalement appliquer la même chose que ceux que nous critiquons aujourd’hui.

samedi 21 avril 2018

CI : Marche avortée de l'opposition


Le manque de méthode des partis bourgeois révélé au grand jour



– Camarade Zova

Deux coalitions de partis de l’opposition ivoirienne (AFD et EDS) ont récemment projeté des manifestations pour réclamer une recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI) et le retrait du projet de Sénat en exigeant notamment que le président actuel de la CEI soit remplacé pour sa partialité supposée ou avérée lors des précédentes élections.

Même si dans un premier temps l’on doit condamner l’interdiction et la répression de ces marches, qui remet en cause les droits démocratiques élémentaires, il faut dans un second temps reconnaitre que l’échec de la tenue de ces rassemblements traduit le manque de stratégie et l’utilisation de méthodes peu démocratiques au sein de ces partis.

En effet, ni l’AFD ni l’EDS, avant de lancer leurs mots d’ordre, n’ont eu recours à leur base pour une discussion préalable sur la date et le lieu de ces manifestations : on s’est contenté de l’informer par voie de presse ou de SMS. Aussi, les responsables de ces partis ont arrêté en cercle fermé ce qui devrait constituer la revendication principale de ces marches. Pas un effort n’a été fait non plus pour mobiliser la population en-dehors de leurs militants.

Or, on le sait tous, le jeudi est un jour ouvrable dans le calendrier national. Combien d’Ivoiriens pouvaient-ils renoncer à leurs occupations ce jour pour répondre à un appel de leur direction ? Pas beaucoup, dans un pays où l’accès au logement, aux soins de santé et aux repas quotidiens relève de la lutte individuelle de chaque petit ménage. Il est évident qu’il est risqué de manquer un jour de travail au motif d’honorer un engagement politique.

S’agissant du mot d’ordre lui-même, force est de constater que nos partis d’opposition semblent n’avoir tiré aucune leçon de leurs échecs passés. On se souvient qu’en 2016, lors de la révision constitutionnelle proposée par le gouvernement, ces leaders de l’opposition avaient réussi une forte mobilisation de leurs militants et d’autres citoyens qui en avaient marre du régime actuel, avec les émeutes liées à l’augmentation du prix de l’électricité qui avaient précédé au mois de juillet de cette même année. Par ailleurs, il y avait à cette époque une bonne masse de l’électorat du parti au pouvoir qui était désillusionnée après six ans de gestion et de promesses non tenues. Mais rien n’a été obtenu – le régime a continué comme si de rien n’était.

De notre point de vue, ces mêmes conditions sont encore plus présentes en 2018, où le deuxième mandat de Ouattara tire à sa fin avec la colère grandissante des travailleurs et des gens de la rue, la fameuse couverture maladie universelle au point mort, des logements sociaux non encore livrés, la hausse du prix de l’essence, les mutineries de 2017, la grande grève des fonctionnaires, etc. Où était l’opposition politique pendant ce temps ? Tous ces thèmes nous semblent tout de même beaucoup plus susceptibles de rassembler les foules que la contestation de la CEI et du Sénat.

Une véritable lutte doit se donner les moyens pour aboutir à des avancées concrètes. Tous les militants pourraient être employés à partager des tracts, faire l’agitation aux carrefours et aux arrêts de bus, organiser des petits meetings dans les écoles, dans les marchés, etc., avec des marches éclatées dans chaque quartier au même moment, organisées démocratiquement dans les parlements, et surtout, faire grève pour frapper nos dirigeants et leurs parrains étrangers là où ça leur fait le plus mal – dans leur portefeuille.

Mais, comme on ne cesse de le répéter, les responsables de ces partis qui ne sont « socialistes » que le jour où ça les arrange, ne sont en réalité préoccupés que par des postes électifs et le contrôle de certaines institutions, juste pour leur propre bien-être – une petite place à la mangeoire, quoi ! S’ils font du bruit, ce n’est pas dans le but d’obtenir quelque chose, mais uniquement pour se faire remarquer, pour qu’on parle d’eux. Tirons-en les conséquences.

mardi 3 avril 2018

CI : le travail dans les zones industrielles


Un véritable cauchemar


Des conditions de recrutement à celles de travail, un emploi dans les zones industrielles rapproche les acquéreurs à une situation de quasi-esclavage. Le mode de recrutement est le même dans toutes les unités industrielles de Yopougon à Koumassi en passant par Vridi. Au petit matin à la première heure, des personnes de tous âges, diplômées ou non, se rendent devant les portails des usines dans l’espoir de décrocher un emploi. Au fur et à mesure que le vigile fait l’appel, comme à l’école, les travailleurs entrent dans l’enceinte. Tout le monde se croise les doigts. Après que le vigile a fini de citer les noms des « heureux » élus du jour, il referme le portail sans même jeter un regard de compassion à tous ceux qui viennent d’être recalés.

Si les journaliers abondent, c’est parce que les maisons de recrutement et autres « agents » proposent leurs prestations. Ce sont de véritables seigneurs, dont le travail (bien rémunéré) est de trouver une main d’œuvre abondante et à moindre cout, pour permettre aux patrons des entreprises de se frotter les mains. Ici, la compétence est foulée aux pieds, la seule condition, c’est l’argent. Même les agents de sécurité, dont le rôle devrait être de contrôler les entrées et sorties, s’adonnent à ce « business ». À côté de cette catégorie de travailleurs, on peut citer les « protégés », recommandés par des anciens cadres de l’entreprise, un parent ou autre personne influente. Nous pouvons citer également ceux qui paient directement pour un emploi de fortune, de 30 à 50 mille francs selon la taille de l’entreprise et l’importance de la paie proposée.

– Camarade Zova

vendredi 30 mars 2018

Théorie : 1949 – La révolution chinoise


Le capitalisme et l'impérialisme ont été chassés du pays, mais le pouvoir politique est resté entre les mains d'un parti unique stalinien


En cette année (2009) du 60e anniversaire de la République populaire de Chine, le régime du Parti communiste chinois est particulièrement nerveux. Il dépend de plus en plus de campagnes de propagande prestigieuses, du style Jeux olympiques, pour s'assurer une certaine base de soutien ; en effet, malgré des décennies de croissance économique record, il est à présent confronté au mécontentement des travailleurs, des paysans et de la jeunesse.

Máo Tsé-Toūng (Mao Zedong), l'homme à la tête du Parti communiste chinois au moment de la fondation de la République populaire chinoise il y a 60 ans, a beau être crédité d'être le père fondateur de la nation, le point de vue officiel du régime actuel est que sa politique était une vision d'« ultragauche », qui a dû être « corrigée » par le retour à la loi du marché sous son successeur Tèng Hsiǎo-P'íng (Deng Xiaoping) en 1978. Pour en savoir plus sur la véritable histoire révolutionnaire de la Chine, nous devons tout d'abord nous pencher sur ses origines.



– analyse par notre camarade Vincent Kolo du groupe « Ouvrier chinois » (section chinoise du CIO), 2009

lundi 26 mars 2018

Théorie : Sortir du franc CFA


Oui, mais pour quoi faire ?


La politique monétaire est l’action par laquelle la Banque centrale agit sur l’offre de la monnaie dans le but de remplir son objectif triple : stabilité des taux d’intérêt, stabilité des prix (inflation), taux de change de la monnaie à l’extérieur. Il s’agit donc d’un outil important entre les mains des États pour réguler leur économie en fixant la valeur de l’argent : lorsque la valeur de change augmente, il est plus facile d’acheter des produits étrangers mais plus difficile de vendre, et vice- versa. De même, un taux d’intérêt (le « prix du crédit ») plus élevé décourage les emprunts et les investissements, un taux d’intérêt bas les encourage. Or, cet outil n’appartient pas à nos États.

– camarade Guide

vendredi 23 mars 2018

CI : Nouveau dispositif fiscal


Vigilance pour les travailleurs !


Initialement prévu pour entrer en vigueur cette année, le nouveau dispositif fiscal ivoirien, fortement contesté par le patronat, vient d’être suspendu par le gouvernement. Afin de financer son budget 2018 qui s’élève à 6723 milliards FCFA, le gouvernement ivoirien avait prévu de collecter 3406 milliards FCFA en recettes fiscales cette année, en hausse de 338 milliards FCFA par rapport à 2017. Cette hausse des prélèvements était censée servir à la réhabilitation des CHU et centres de santé régionaux. À cela s’ajoute l’objectif des autorités de suivre les recommandations du FMI en portant le taux de pression fiscale estimé à 16 % en 2016 à environ 20 % en 2019.

Conséquence, l’annexe fiscale à la loi de finances pour la gestion 2018, a eu un gout plutôt amer pour les entreprises ivoiriennes. Ainsi, la Fédération ivoirienne des PME menaçait de la fermeture de nombreuses entreprises, ce qui allait entrainer des pertes d’emploi. De son côté, le premier vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, Parfait Kouassi, s’était inquiété du fait que ce nouveau dispositif fiscal aurait pour finalité de faire fuir les entreprises, ou de les pousser à s’installer dans l’informel afin d’échapper à la pression fiscale.

Face à ces récriminations, les autorités ivoiriennes ont cherché à tempérer l’impact de ces mesures. « Les prélèvements que le secteur privé pointe du doigt améliorent en réalité la fiscalisation de certains secteurs jusque-là sous-fiscalisés. Mais en plus ils n’accroissent pas véritablement la pression fiscale ; celle-ci oscille toujours autour de 16 % du PIB, ce qui est en-deçà du critère de convergence communautaire en la matière », expliquait un conseiller d’État.

Le premier constat qui se dégage de cette situation est que notre gouvernement capitaliste a encore prouvé toute sa faiblesse et son manque de vision en se montrant incapable de fermeté face à ces patrons capricieux qui sont aux anges tant qu’ils peuvent exploiter leur personnel mais qui ne sont pas prêts à partager ce butin avec l’État censé redistribuer les richesses nationales. Notre gouvernement, toujours à la recherche d’un financement pour son budget, cherche à tirer l’argent partout où il peut le trouver, d’autant plus qu’il y est encouragé par ses maitres du FMI.

Mais nous ne devons pas nous laisser berner par la soi-disant préoccupation de nos dirigeants pour la santé des Ivoiriens. Tout le monde sait qu’un accroissement des rentrées financières signifiera avant tout des gains nets pour leur propre poche.

Nous assistons donc à une lutte entre patrons privés et « patrons publics » pour l’accaparement de cette manne produite par la sueur et le sang des travailleurs ivoiriens. Alors que c’est nous qui produisons ces richesses par notre travail, les voici qui tombent dans la poche de nos dirigeants ou de nos patrons, nationaux comme étrangers. Dans leur palabre, c’est toujours nous qu’on sacrifie. Les investissements annoncés par le gouvernement sont décidés à notre insu et échappent à notre contrôle, tout comme échappent à notre contrôle les bénéfices des entreprises des patrons obtenues par notre travail. En même temps aussi, l’État censé assurer un travail à tous reste impuissant devant le chantage des patrons qui finalement sont seuls maitres de décider qui aura un travail et qui n’en aura pas. Ces mêmes patrons qui feront payer à leur personnel (et à leurs clients) le manque à gagner des nouveaux impôts !

En tout état de cause, c’est une situation qui ne favorise en rien les travailleurs. Ni le gouvernement ni leurs employeurs ne militent en faveur de leurs intérêts : ils sont tous deux les faces de la même pièce qui est le capitalisme. La seule solution pour assurer le bonheur des travailleurs sera l’avènement d’un système où eux-mêmes seront aux commandes de l’économie pour pouvoir bénéficier du fruit de leur propre travail et décider comment l’investir, en fonction de leurs propres besoins et non des caprices des patrons.

mardi 20 mars 2018

CI : Rajeunissement du parc automobile

Une arnaque de plus ?


– camarade Fantôme

Le mercredi 6 décembre 2017, le gouvernement a adopté deux décrets au titre du ministère des Transports.

Le premier décret porte sur l’âge limite des véhicules d’occasion communément appelés « France au revoir » importés en Côte d’Ivoire : 5 ans pour les taxis (y compris wôrô-wôrô, banalisés, etc.), 7 ans pour les minicars de 9 à 34 places (gbakas) et camionnettes jusqu’à 5 tonnes, 10 ans pour les cars de plus de 34 places et camions de plus de 5 tonnes. Selon le gouvernement, cette mesure vise à réduire le nombre d’accidents et la pollution de l’air. Le gouvernement affirme également que cela permettrait de diminuer les tarifs du transport et le nombre de garages implantés un peu partout : en effet, ces véhicules importés arrivant dans un état de dégradation avancé, ils ne peuvent pas être exploités très longtemps et transforment nos villes en cimetières de voitures.

Par ailleurs, le gouvernement a adopté un décret limitant la durée d’exploitation des véhicules importés : 7 ans pour les taxis, 10 ans pour les minicars, 20 ans pour les camions de plus de 5 tonnes. Il s’agit principalement, selon le gouvernement, de protéger les usagers de ce type de transports et de réduire les accidents en créant un service de transport plus sûr, plus confortable, en lien avec les objectifs de l’émergence. Une période de dix ans est accordée aux propriétaires de véhicules déjà en circulation, le temps pour eux de se mettre en conformité avec cette nouvelle règlementation.

Cependant, notre point de vue est que toutes ces mesures n’apporteront pas la moindre solution aux nombreux problèmes du transport. Leur objectif est plutôt d’aider les riches importateurs à assurer leur chiffre d’affaires, les grands propriétaires de véhicules à chasser du marché les petits, et contribuer à l’enrichissement des proches de nos gouvernants à qui sont confiés les nouveaux véhicules, tels que les « Taxis Ivoire », promus par le groupe « G10 ». Ce groupe procède à une vente à crédit aux citoyens qui n’ont pas les moyens de s’acheter une voiture neuve, et auxquels ils vendent la voiture trois fois le prix d’achat, avec une avance de 1,5 à 2 millions, et le reste à une modalité journalière discutée par les deux entités. Aussi le projet de « Un citoyen, un véhicule » est aux mains des syndicats et des structures comme la MATCA, elles-mêmes sous le contrôle de ces mêmes politiciens capitalistes qui visent à exploiter les jeunes en quête de travail en leur proposant un système d’achat qui au final leur revient plus cher.

En outre, cette mesure aura un impact sur le prix du transport, car les personnes pauvres se débrouillant dans ce domaine vont se retrouver obligées d’augmenter le prix en achetant des voitures neuves donc très chères, et c’est la population qui va en souffrir, car ce gouvernement est très fort en résolution de problèmes en bureau sans jamais les faire suivre par des résolutions pratiques (interdiction des sachets plastiques, réduction des mois de caution sur le loyer, etc.).

Pour nous, socialistes, il faut avant tout revoir le fonctionnement de la SICTA, où se font les visites techniques mais où aucune norme n’est respectée et où « tout peut s’arranger ». Si les visites techniques se faisaient correctement, pourquoi prendre ces mesures de limitation ? De même, quand on sait que les permis sont en vente libre et que les contrôles de police ne suivent aucune règle que l’humeur des policiers, dont l’objectif est tout sauf de faire appliquer la loi, il ne faut pas s’étonner du désordre !


Si le gouvernement était sincère, si son but était de servir le peuple, il chercherait d’abord à remettre de l’ordre dans le secteur du transport au lieu de prendre des mesures qui privilégieront encore les riches au détriment des pauvres.

mardi 6 mars 2018

CI : Mort du petit Bouba

Un assassin qui fait pitié !


La mort du petit Bouba a à juste titre déchainé les passions. On ne peut évidemment rester insensible face à une telle injustice, une telle abomination.
Nous voulons cependant relever que pour nous, l'assassin, qui a commis la faute et qui doit évidemment être puni pour cela, est lui aussi une victime. Ce pauvre bijoutier fait franchement pitié quand on le regarde. Notre société est en effet tombée bien bas, pour que des gens soient si désespérés qu'ils sont prêts à tuer les enfants des gens dans l'espoir de devenir riches. Aujourd'hui, comme après chaque tuerie dans un lycée aux États-Unis ou chaque acte terroriste dans le métro à Bingué, l'heure est au « plus jamais ça ». Pourtant, si nous voulons que de tels crimes cessent de se reproduire, il nous faut véritablement nous interroger sur les raisons qui ont poussé Sagno Étienne à commettre son geste. Sinon, ça recommencera fatalement, c'est évident. Ça a déjà recommencé, d'ailleurs, puisque deux jours après la marche pour Bouba, on annonce le meurtre de l'élève Glahou Edmond Chanceline à M'Bahiakro, retrouvée égorgée dans l'enceinte de la prison civile !
Car nos politiciens ont beau se mêler de faire des discours et de participer à la marche de solidarité à Angré, c'est bien leur politique qui est responsable de la mort de Bouba et de centaines d'autres enfants dans notre pays chaque année, assassinés pour crimes rituels ou abandonnés dès la naissance par leurs parents. Que Sagno ait agi pour son propre compte ou pour le compte d'un riche politicien resté dans l'ombre, il est clair qu'il a été mu par sa pauvreté, par son désespoir, par son aliénation, par son ignorance. Bijoutier, artisan, tu as saigné pour te former, ouvrir ton petit commerce, payer ton loyer, tes outils et tes matières premières, mais ça ne marche pas. Tu as quitté ton pays en te disant qu'arrivé à Babi, tu gagnerais ta vie. Mais il n'y a pas client oh ! Il n'y a pas client, parce que la vie est chère, parce que les fonctionnaires n'ont pas reçu leur salaire, parce que nos concitoyens se font racketter chaque jour par les policiers, par les gnambros, par les Coges, par la CIE et les péages. Peut-être espérais-tu toi aussi trouver un jour un emploi digne dans une entreprise, mais tout le monde sait qu'il n'y a pas travail dans le pays, donc tu as lancé ton commerce, en te disant qu'un peu – un peu, ça va aller. Sauf que ça ne va pas.
Nous vivons dans une culture du sacrifice. Une culture où on accepte que rien ne va dans ce pays, une culture où on ne cherche pas à comprendre pourquoi certains sont riches tandis que d'autres sont pauvres. On pense que l'argent tombe du ciel, et on prie pour avoir l'argent, comme d'autres prient pour avoir un travail, un mari ou un enfant. Sauf que l'argent n'a pas été créé par Dieu, mais par l'homme ! L'argent circule en raison de lois économiques qui sont le résultat de l'activité humaine. Des lois que les masses ignorent parce qu'elle sont inéduquées et que les soi-disant spécialistes de l'économie et de la politique font tout pour leur embrouiller leur cerveau.
Alors on se rend chez n'importe quel féticheur, qu'il soit animiste, chrétien ou musulman, qu'il porte le nom de marabout, pasteur ou imam, autant de charlatans qui t'annoncent que le sacrifice est bon. On n'a rien sans rien, n'est-ce pas ? Comme si le fait de se priver de nourriture pendant trois jours allait te faire gagner un travail ! Tu penses vraiment que le patron regarde ce qu'il y a dans ton ventre pour savoir s'il va te donner un boulot ? Comme si le fait de lâcher un billet mauve à l'église allait te permettre de rencontrer l'homme ou la femme de tes rêves ! Quand toi-même tu as l'esprit vide. Mais quand on accepte que le sacrifice d'un repas, d'un billet, d'un verre d'alcool ou d'un poulet peut nous apporter, il n'y a finalement plus qu'un pas à faire avant de passer au sacrifice ultime, celui de l'homme ! La reine Pokou n'a-t-elle pas elle aussi tué son propre enfant pour franchir le fleuve Comoé ?
Curieusement, tous ces apprentis sorciers qui conseillent de tuer son prochain ne sont jamais inquiétés. Ces marabouts qui peuvent faire pleuvoir les millions sur leurs adeptes vivent eux-mêmes dans des baraques dans des quartiers précaires. Alors, qui a commis le crime ? Le pauvre être désespéré, ou son conseiller ?
Mes frères, mes sœurs, réveillons-nous ! C'est la lutte seule qui nous permettra de garantir pour tous un mieux-être et un juste repartage des richesses qui nous sont volées chaque jour !
« Plus jamais ça ! », cela veut dire un travail digne pour tous, des formations et des crédits financés par l'État pour les artisans et les petits commerçants, un système d'enseignement de qualité pour nous faire sortir des superstitions, une mise au pas de tous ces soi-disant chefs religieux, féticheurs, magiciens et autres prophètes autoproclamés, et toutes autres mesures sociales pour faire sortir le peuple de la misère. Pour ne plus que quiconque ait jamais une raison de porter la main à son voisin dans l'espoir d'en tirer un avantage personnel tandis que la masse souffre et continuera à souffrir si nous ne nous organisons pas dans un même mouvement large pour dire non à cette politique capitaliste qui affame le peuple, le pousse au désespoir et l'encourage aux crimes les plus sordides.
Yako à la famille de l'enfant tué.
Yako à la famille du tueur.
Yako à tous les Ivoiriens et Africains qui sont les victimes psychologiques des féticheurs et autres charlatans mystiques et religieux, vendeurs d'illusions nocives, poussés vers eux par nos politiciens escrocs et voleurs et par le système capitaliste qui nous détruit au quotidien.

mercredi 28 février 2018

États-Unis : Tueries de Las Vegas, de Sutherland Springs, de Stoneman Douglas…


La restriction du port d'arme est-elle la solution à la violence des armes ?


Une analyse par notre camarade Tom Crean, groupe Alternative socialiste (section du CIO aux États-Unis)

Cet article avait été à l'origine rédigé à la suite de la tuerie de l'école de Sandy Hook en décembre 2012, lors de laquelle un jeune homme avait massacré 20 enfants de CP1 et 6 de leurs maitresses après avoir également abattu sa propre mère, et avant de se suicider lui-même. Cet article avait été initialement rédigé pour servir de base de discussion à un débat sur cette question au sein de notre Comité exécutif national, qui en a discuté et l'a amendé avant de le publier en tant que position officielle de notre organisation.

Nous avons aujourd'hui décidé de republier cet article réactualisé suite à la tuerie de Las Vegas en octobre 2017 (58 morts et 851 blessés par un homme âgé de 60 ans qui s'est lui-même donné la mort ensuite), à celle de Sutherland Springs en novembre 2017 (26 morts dans une église, dont un enfant encore dans le ventre de sa mère, tués par un jeune homme qui s'est, une fois de plus, suicidé juste après) et à celle du lycée de Stoneman Douglas en février 2018 (17 morts et 14 blessés par un jeune homme qui vient d'être arrêté), ces récents massacres ayant une fois de plus renouvelé le débat autour de ce véritable cauchemar que sont les tueries de masse aux États-Unis et de ce qu'il convient de faire pour y remédier, tout en encourageant la création de nouveaux mouvements de lutte.


Les politiciens libéraux appellent à plus de restrictions sur le port des armes. Même l'Association nationale des armes à feu (NRA), le tout-puissant syndicat des fabricants et vendeurs d'armes (qui regroupe aussi de nombreux « usagers »), a récemment accepté que des limitations soient placées sur la vente des chargeurs de mitrailleuses qui permettent à des meurtriers comme Stephen Paddock, l'auteur de la tuerie de Las Vegas, de transformer un simple fusil en une véritable machine à tuer, capable de projeter plus d'un millier de balles sur une foule en à peine dix minutes.

Si les tueries de masse sont évidemment le genre d'évènement qui attire le plus d'attention et suscite le plus d'horreur, ces actes, aussi terribles soient-ils, ne comptent toutefois que pour une infime fraction du nombre de morts par balles aux États-Unis. Un rapport récemment publié révèle en effet que plus de citoyens des États-Unis sont morts victimes des armes à feu dans leur propre pays au cours des 50 dernières années qu'au cours de toutes les guerres auxquelles ont participé les États-Unis partout dans le monde depuis leur indépendance !

La question que nous nous posons est donc de savoir si une telle situation, où la société est virtuellement submergée par le nombre d'armes à feu en circulation, est intéressante pour la classe prolétaire. Nous voulons également dans cet article expliquer pourquoi nous nous opposons tant au « droit de se défendre par les armes » défendu par la droite qu'aux propositions de restreindre le port d'arme défendues par les libéraux.

Nous devons également remarquer que malgré toutes ces horribles tueries de masse qui tendent à battre des records (celle de Las Vegas était la plus meurtrière tuerie commise par un homme seul de l'histoire des États-Unis et celle de Sutherland Springs était la plus meurtrière perpétrée dans un lieu de culte), on ne voit finalement que peu de gens défendre les restrictions au port d'arme à feu. Un sondage mené en octobre 2017 révélait qu'à peine 64 % de la population était pour plus de restrictions (une hausse d'à peine 3 % sur les dernières années). De plus, très peu de gens soutiennent une interdiction totale et parmi les 64 % de personnes qui se déclarent en faveur de plus de mesures, les avis divergent fortement sur les mesures à prendre ou non.

En fait, quand on regarde l'évolution à long terme, au cours des 20 dernières années par exemple, on se rend compte que la tendance dans l'opinion publique va en sens inverse : selon un sondage réalisé par Gallup, alors que seule 57 % de la population était pour l'interdiction de la vente libre de fusils d'assaut en 1996, cette proportion a diminué à 46 % en 2012 et à 36 % en 2016.

Parmi les mesures de restriction qui sont toutefois soutenues par une grande partie de la population, on peut citer un examen du vécu de la personne (casier judiciaire, etc.) ; la plupart des gens s'accordent aussi à dire que les personnes souffrant de maladies mentales et certaines personnes inscrites sur des listes noires gouvernementales ne devraient pas y avoir accès ; enfin, la majorité de la population convient aussi de la nécessité de mettre en place une base de données des ventes d'armes centralisée au niveau nationale.

Alors que la polarisation politique ne cesse de s'intensifier aux États-Unis, le « droit à une arme » est aujourd'hui devenu un véritable enjeu politique. Il est également clair que les arguments des libéraux, qui se prononcent en faveur de mesures de restriction beaucoup plus strictes pour le port d'arme, échouent à convaincre une grande partie de la population. C'est sans doute malheureux, mais il faut bien reconnaitre que l'argument de la NRA, selon lequel « la meilleure manière d'empêcher les criminels et les fous de tuer les simples citoyens, est d'armer les simples citoyens » a clairement eu bien plus de succès parmi toute une couche de la population (un argument d'ailleurs repris par Donald Trump avec sa proposition d'armer les enseignants eux-mêmes) : ce fait doit absolument être pris en compte par la gauche si elle veut pouvoir formuler une position appropriée quant à la meilleure manière de combattre l'épidémie de violence armée dans notre société.


Quelle position adopter suite aux tueries dans les écoles aux États-Unis ?
La restriction du port d'arme est-elle la solution à la violence des armes ?

(article de 2012)

Les 26 victimes de l'école primaire de Newtown

Objectif et démarche

Le meurtre de 20 élèves de CP1 et de 7 adultes à l'école primaire de Newtown, Connecticut, en décembre 2012 par un jeune homme mentalement dérangé a réouvert le débat sur le contrôle des ventes d'armes à feu aux États-Unis. C'est ainsi que l'administration Obama a annoncé en janvier 2013 vouloir mettre en place des mesures qui rendraient obligatoire un examen du vécu pour toute personne désireuse d'acheter une arme, l'interdiction de la vente d'armes de guerre du type armes semi-automatiques, et des restrictions sur les chargeurs de plus de 10 balles. Cette proposition de mesures fort limitées visant à restreindre le port d'arme a été vertement décriée par l'Association nationale des armes à feu (NRA), même si certains sondages indiquent qu'une part croissante de la population serait en faveur de telles mesures.

Néanmoins, les tentatives de renforcer les lois sur le port d'arme au niveau fédéral sont maintenant bel et bien mortes, puisque le projet de loi d'examen du vécu de l'acheteur d'armes n'a pas pu obtenir les 60 voix requises au Sénat pour éviter l'obstruction – quand bien même cela peut sembler étrange dans un pays où cette proposition serait soutenue par près de 90 % de la population. Il faut cependant insister sur le fait que ce vote et l'abandon temporaire de ce projet de loi ne signifient pas que le débat sur le contrôle des armes est terminé. D'autres mesures ont été votées et appliquées au niveau régional, tandis que le débat sera forcément relancé par les prochaines tueries qui surviendront encore à l'avenir puisque cela semble inévitable à l'heure actuelle. Il est également clair qu'une importante fraction de la classe dirigeante désire, – pour des raisons qui lui sont propres –, mettre au pas le syndicat des armes.

En tant qu'organisation marxiste devenant de plus en plus connue au niveau national et international, il est important que nous puissions adopter une position claire au sein de ce débat. Pour ce faire, il nous faut tout d'abord nous pencher sur le contexte historique du « droit à se défendre par les armes » et des mesures de contrôle sur les armes aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Il nous faut analyser les causes complexes qui expliquent l'énorme niveau de violence armée dans la société états-unienne. Nous devons également comprendre les motivations réelles derrière les arguments des deux camps bourgeois qui s'opposent sur cette question – celui qui veut plus d'armes en circulation et celui qui en veut moins. Ce n'est qu'ensuite que nous pourrons envisager des revendications et des solutions socialistes à ce fléau.

L'aspect fondamental de notre questionnement est sans doute de nous poser ces deux questions :
1) le fait d'armer une grande partie de la population états-unienne, dans le contexte du 21e siècle et au vu de l'idéologie individualiste réactionnaire qui promeut cet armement, est-il ou non un avantage pour la classe prolétaire ? 
2) Comment réagir dans une situation où l'État a de plus en plus de pouvoirs, ce qui représente clairement une menace pour toute couche de la société états-unienne qui déciderait de s'opposer aux dictats de la classe dirigeante ? 
Il est évident qu'on ne peut trouver une réponse à ces deux questions hautement complexes en quelques phrases désinvoltes.

Un nouveau front est en train de s'ouvrir pour la lutte sociale,
contre la violence armée endémique

Le contexte historique

Selon le Deuxième Amendement de la Constitution des États-Unis, « Une milice bien organisée étant nécessaire pour la sécurité d'un État libre, il ne sera pas contrevenu au droit du peuple à détenir et à porter des armes ». Le contexte de cet amendement, qui date de l'année 1791, était celui de la guerre d'indépendance révolutionnaire que les Treize Colonies qui allaient ensuite former les États-Unis d'Amérique ont menée contre le royaume de Grande-Bretagne. À l'époque, les Pères fondateurs des États-Unis étaient convaincus que la lutte contre la Couronne britannique n'était certainement pas terminée – comme l'histoire l'a d'ailleurs prouvé plus tard, lorsque les Britanniques ont pris et incendié la ville de Washington lors de la guerre anglo-américaine de 1812. Il y avait alors une forte opposition à l'idée d'une armée de métier, vu l'expérience historique de l'Europe et la récente expérience avec l'armée britannique. Les armées de métier étaient correctement identifiées par les révolutionnaires américains comme autant d'instruments de répression entre les mains des tyrans.

Par conséquent, dans la jeune république américaine, une large couche de la population blanche masculine était armée, principalement pour des raisons militaires. Il n'était évidemment pas question pour la classe dirigeante d'autoriser les Noirs, libres ou esclaves, à porter des armes. De nombreux États exigeaient des propriétaires d'armes qu'ils se fassent inscrire, et interdisaient le port d'armes dissimulées (c'est-à-dire que toute personne portant une arme devait afficher cette arme en permanence en la portant à sa ceinture, on ne pouvait pas la garder cachée dans la poche de sa veste par exemple).

De manière générale donc, le Deuxième Amendement et la Déclaration des droits dont elle fait partie font bel et bien partie intégrante de l'héritage progressiste de la révolution bourgeoise américaine contre le féodalisme britannique. Mais au fur et à mesure du développement du capitalisme, la question du contrôle des armes est devenue inséparable de la lutte de classe du Capital contre le Travail, et notamment du désir de la classe dirigeante de maintenir soumise la population afro-américaine.

Il y a eu, au cours de l'histoire des États-Unis, de nombreux exemples d'horribles massacres de prolétaires en lutte pour leurs droits. En 1914, durant une grève des mineurs dans le Colorado, 21 hommes, femmes et enfants ont été tués à Ludlow par la milice étatique armée de mitrailleuses. En 1937, la police a ouvert le feu à Chicago sur une marche pacifique de travailleurs de l'acier et leurs famille : dix travailleurs ont été tués et 40 blessés – tous par des balles tirées dans leur dos.

D'un autre côté, il y a également eu de nombreux cas de travailleurs qui se sont armés pour organiser leur autodéfense face aux attaques de l'État et/ou des badauds engagés par leurs patrons afin de briser leurs grèves. Dans les années 1880, le mouvement ouvrier de Chicago (Nord), très militant (notamment parce qu'il comptait alors de nombreux membres originaires d'Allemagne où le Parti socialiste était alors très fort et combattif), a été jusqu'à créer une milice ouvrière. Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement de quelque chose relégué à un lointain passé. Encore dans les années 1970, certaines grèves de mineurs se sont armées pour organiser leur autodéfense.

De même, pendant le grand mouvement pour les droits civiques des années 1960, l'organisation des Diacres pour la défense et la justice a été formée en Louisiane (Sud) par d'anciens combattants noirs pour protéger les militants des droits civiques contre les attaques des forces étatiques et des associations d'extrême-droite comme le Ku Klux Klan. Cette organisation a été très efficace et a joué un important rôle auxiliaire pour les mouvements de masse qui étaient au cœur de la lutte.

Le parti des Panthères noires pour l'autodéfense a poursuivi cette tradition, même si son expérience a aussi démontré les conséquences fatales d'une approche d'« ultragauche » sur cette question. Au début, certaines actions menées par les Panthères noires ont bel et bien permis de démasquer au grand jour la véritable nature de la police, ce qui a donné le courage à de nombreuses personnes de se lever pour résister à l'État. Sur le plan politique, les Panthères noires avaient généralement raison d'appeler à une révolution et à l'autodéfense et de s'opposer au pacifisme ; elles ont d'ailleurs mené à bien des actions défensives qui étaient comprises par de plus larges couches (non encore révolutionnaires) de la communauté noire et de la classe prolétaire comme des actes concrets de résistance contre les attaques violentes des forces racistes.

Cependant, le fait que leurs militants posent en permanence avec leurs armes, même si cela pouvait attirer une minorité de jeunes noirs révolutionnaires, était une grave erreur qui a contribué à isoler les Panthères noires des larges couches de la classe prolétaire, qui, si elles les considéraient avec sympathie, n'étaient pas prêtes à rejoindre une organisation révolutionnaire explicitement armée. Tout ceci a facilité la tâche à l'État capitaliste qui a pu briser cette organisation en recourant à sa même violence habituelle.

D'importants militants comme Huey Newton et Bobby Seale qui dirigeaient le mouvement ont, bien après, admis s'être trompés. Comme Huey Newton l'écrit dans son livre Un Suicide révolutionnaire : « Nous avons bientôt découvert que les armes et les uniformes que nous portions nous mettaient à part de la communauté. Nous étions considérés comme un groupe militaire ad hoc, agissant hors du tissu communautaire, trop radical pour en faire partie. Peut-être que la tactique que nous employions à l'époque était trop extrême ; peut-être que nous mettions trop l'accent sur l'action militaire ».


Huey Newton (1942-1989), un des fondateurs du parti révolutionnaire des
Panthères noires pour l'autodéfense. L'approche militaristique du mouvement
a contribué à son isolement et à sa répression.

Même dans une situation ouvertement révolutionnaire, l'enjeu fondamental n'est pas la mobilisation militaire mais bien la mobilisation politique de la classe prolétaire et de tous les opprimés à partir d'un appel défensif et démocratique de résister afin de vaincre toute tentative de la part de l'élite dirigeante, peu nombreuse malgré ses immenses richesses, de recourir à la violence pour soumettre la majorité. C'est précisément ce qui a été réalisé par les bolchéviks en octobre 1917, lors de la révolution la plus démocratique de l'histoire. Les bolchéviks avaient émis un appel de classe envers les simples soldats de l'armée de l'empereur, neutralisant du même coup les forces de l'ancien État qui ne pouvait plus les employer en tant qu'arme au service de son régime autocratique.

Bien entendu, l'histoire est remplie d'exemples négatifs, lors desquels la classe prolétaire a manqué d'une direction suffisamment déterminée pour faire face à la menace que posait l'ancien régime, qui a alors pu librement déchainer sa violence contrerévolutionnaire. Les tentatives d'aventuriers qui ont « pris le pouvoir » de façon prématurée au nom de la « révolution » ont elles aussi mené à des défaites sanglantes pour la population.

La classe dirigeante cherche toujours à décrire ses adversaires comme des gens violents. Les marxistes ont justement la tâche de démontrer à la masse de la population que la principale source de la violence dans la société moderne est le capitalisme et la classe capitaliste dominante. Cela est particulièrement vrai aux États-Unis, où la classe dirigeante a pour habitude d'organiser elle-même toute une série d'interventions impérialistes sanglantes partout dans le monde afin de défendre le règne du profit.

C'est dans ce contexte que nous devons envisager le contrôle sur les armes. Les tentatives de restreindre le port d'arme par la population font partie de l'histoire des États-Unis comme des autres sociétés capitalistes. En Europe, la classe dirigeante a fait de grands efforts pour désarmer les forces révolutionnaires et prolétariennes à la suite des troubles révolutionnaires de 1848, et plus tard pour désarmer la Résistance après la Deuxième Guerre mondiale, alors qu'elle avait vaillamment combattu les nazis pendant que les capitalistes avaient pris la fuite ou collaboraient avec l'occupant.

De manière générale, quels que soient les prétextes employés à ce moment-là, la plupart des tentatives de contrôle des armes ont été au moins en partie motivées par le désir de la classe dirigeante de désarmer ses potentiels adversaires, dont le plus important est la classe prolétaire. C'est ainsi que la Loi Mulford, votée en Californie en 1967 et dont l'objet était d'interdire le port en public d'une arme à feu chargée, était une réponse directe à l'émergence des Panthères noires. La Loi fédérale de 1968 sur le contrôle des armes était elle aussi en partie motivée par la crainte de voir la population noire prendre les armes, surtout après les troubles de 1967.

Les marxistes se sont toujours opposés à ces tentatives de la classe capitaliste de s'assurer le monopole des armes et de la violence. Nous nous opposons à l'idée selon laquelle l'État seul devrait être armé, en tant qu'arbitre « neutre » entre les classes. En effet, toute l'expérience historique montre encore et encore que les forces armées au service de l'État ne sont pas neutres, mais servent uniquement les intérêts de la classe dirigeante.

La police, toujours au service du peuple. Ou pas.

Comment le débat sur le port d'arme a changé de nature

Pendant la plus grande partie du 20e siècle, les mesures visant à contrôler les armes au niveau fédéral avaient le soutien des Démocrates comme des Républicains. Mais après la défaite de l'aile radicale du mouvement des droits civiques, l'effondrement du stalinisme, l'affaiblissement drastique du mouvement ouvrier et de toute véritable menace interne au règne du capitalisme états-unien, la classe dirigeante a commencé à se désintéresser de l'idée de désarmer ses adversaires potentiels.

On a pu voir ce revirement dès la présidence de Ronald Reagan (au pouvoir de 1981 à 1989), avec le développement de la « Nouvelle Droite », pour qui toute restriction au « droit de porter une arme » était une atteinte au Deuxième Amendement. Cela faisait partie d'une évolution plus générale du Parti républicain, qui amorçait alors son tournant vers une approche plus populiste et plus orientée vers la religion.

L'enjeu du port d'arme s'est retrouvé lié au populisme de droite et aux discours de « lutte contre la criminalité » avec des arguments au racisme à peine voilé pour mobiliser certaines couches de la classe prolétaire et de la classe moyenne blanches. L'objectif des Républicains ce faisant était de se doter d'une base électorale et politique plus large pour pouvoir en même temps rendre plus acceptable leur programme capitaliste néolibéral dont le caractère se faisait de plus en plus agressif.

La NRA a vu ses pouvoirs s'accroitre. Malgré quelques déconvenues comme l'interdiction de la vente de fusils d'assaut entre 1994 et 2004, son influence a continué à s'accroitre. Aux niveaux local et régional, elle a connu toute une série de petites victoires en vue de la suppression des restrictions au « droit » de porter des armes dissimulées. Ainsi, selon David Frum du journal L'Atlantique, « Depuis la tuerie de Newtown, une vingtaine d'États ont étendu le droit de porter des armes à des lieux où elles étaient jusque là interdites : bars, églises, écoles, universités, etc. » Même si nous ne sommes pas d'avis que ce que les Pères fondateurs avaient à l'esprit lorsqu'ils ont rédigé la Déclaration des droits en 1789 représente forcément un argument encore à l'heure actuelle, il nous semble toutefois intéressant de souligner que ces mêmes Pères fondateurs n'auraient jamais autorisé le port d'armes dissimulées dans des bars !


Moments partagés en famille à la foire annuelle de la NRA

D'où la NRA tire-t-elle donc son importance, quels sont les facteurs à l'origine de cette campagne contre les mesures de contrôle sur les armes à feu ?

Tout d'abord, il est évident que la NRA dispose de moyens conséquents. Il s'agit en effet du syndicat d'une industrie incroyablement profitable, dont les ventes en 2012 ont été estimées par le Washington Post à 12 milliards de dollars (6000 milliards de FCFA), avec près d'un milliard de dollars de profits (500 milliards de FCFA). En 2015, ces ventes s'étaient élevées à 13,5 milliards de dollars, tandis que les profits connaissaient une hausse de 50 %, à 1,5 milliard de dollars. À la suite de la tuerie de Newtown, il a été révélé que Cerberus Capital, une des plus importantes sociétés d'investissement de Wall Street, détenait le Groupe « Liberté », qui est le fabricant du fusil utilisé par le tueur lors de ce massacre, le fusil d'assaut Bushmaster 15 (« Maitre de la brousse »). Les fabricants ne sont pas les seuls à se faire beaucoup d'argent grâce à la vente des armes : le plus grand revendeur d'armes à feu et de munitions aux États-Unis aujourd'hui n'est autre que la chaine de supermarchés Walmart !

Mais la NRA est aussi poussée par une idéologie libertaire de droite qui promeut une version d'individualisme particulièrement réactionnaire. Ce point de vue se combine avec le mythe selon lequel sans un héros, un citoyen armé (et à peau blanche bien entendu), la Constitution risque à tout moment d'être renversée pour être remplacée par une tyrannie. 

Certes, il est vrai que l'État a connu un énorme accroissement de ses pouvoirs au cours des dernières années, justifiant le renforcement de son arsenal sécuritaire d'abord par sa soi-disant « guerre contre la drogue », puis par sa soi-disant « guerre contre le terrorisme », violant au passage les clauses du Quatrième Amendement de la Constitution destinées à protéger le citoyen contre toute « fouille ou confiscation déraisonnable ». Ce n'est pas un hasard si les ventes d'armes sont devenues encore plus importantes depuis qu'Obama a pris le pouvoir en 2008, et se sont encore élevées après que le même Obama, suite à la tuerie de Newtown, ait annoncé vouloir faire du contrôle des armes une priorité.

 Comme nous l'avons fait remarquer, si le score obtenu par Obama pour sa réélection en 2012 restait élevé, il ne pouvait être considéré comme remarquable. Parmi les électeurs du Parti républicain, une grande partie a été influencée par les fantasmagories de l'extrême-droite, notamment par l'idée selon laquelle Obama serait une sorte de tyran pro-musulman communiste et anti-américain. Il semble que les milices de droite et autres groupes d'extrême-droite connaissent une croissance depuis 2008, même si aucun de ces groupes ne dispose encore d'une audience de masse. Le Tea Party a beaucoup joué dans cette évolution, même si lui-même a subi un revers à partir de 2011.

En réalité, la NRA est elle-même une des plus grandes organisations de droite dans le pays, disposant d'une base de masse : en 2010, elle affirmait avoir 4,3 millions de membres, 5 millions en 2017. Elle sert aujourd'hui à promouvoir les intérêts de l'industrie de l'armement et à mobiliser pour le « droit à porter une arme », cet enjeu étant, tout comme l'immigration et le droit à l'avortement, un de ceux que la classe dirigeante utilise afin de diviser la population et de rallier à sa cause une section de la population à son programme antisocial

Mais il nous faut être conscients que si de nos jours la NRA et ses soutiens se contentent de promouvoir le droit à porter des armes pour des individus sans véritablement encourager la formation de milices, dans un futur proche, une importante partie de sa base fortement armée et entrainée pourrait facilement être transformée en une force ouvertement contrerévolutionnaire destinée à terroriser les militants de gauche, les travailleurs en lutte, les personnes de couleur, les immigrés, les personnes homosexuelles, etc. en tant que force paramilitaire au service de l'État capitaliste.


Le Deuxième Amendement dans l'esprit des Pères fondateurs (à gauche)
et dans l'esprit de la NRA (à droite)

La violence armée aux États-Unis aujourd'hui

Il nous faut également nous pencher sur les caractéristiques et causes particulières du niveau extrêmement élevé de violence armée dans la société états-unienne.

On estime à pas moins de 300 millions le nombre d'armes à feu détenues aux États-Unis par des citoyens qui en sont les propriétaires légaux. En 2004, il y a eu dans ce même pays un taux de 5,5 homicides pour 100.000 habitants, un nombre trois fois plus élevé qu'au Canada (1,9 homicides par 100.000 habitants par an) ou six fois plus élevé qu'en Allemagne. Pour ne citer que l'association Occuper la NRA, une branche du mouvement Occuper Wall Street, « Les États-Unis représentent à peine 5 % de la population mondiale, mais détiennent la moitié de l'ensemble des armes à feu en circulation dans le monde, et comptent à eux seuls pour 80 % des décès par balles des 23 pays les plus riches du monde ».

Il faut cependant reconnaître que le taux d'homicides a fortement diminué depuis les années 1990. En 2009, le taux d'homicides était à son niveau le plus bas depuis 1964, la moitié de son niveau des années 1980. Même si nous pouvons nous féliciter de cela, le nombre de morts violentes reste ahurissant : 13.000 tués par balles pour la seule année 2015, sans compter toutes les autres personnes assassinées au couteau, etc. Au Japon, le nombre de personnes tuées par balles la même année était de 1.

Le taux d'homicides a pratiquement doublé de 1965 à 1980. À 1980, il était de 10,2 personnes tuées par 100.000 habitants, avant de diminuer à 7,9 tués par 100.000 habitants en 1984. Il est de nouveau monté dans les années 1991, avec un pic à 9,8 tués par 100.000 habitants en 1991. De 1992 à 2000, le nombre d'homicides avait fortement diminué, mais il est de nouveau en hausse partout dans le pays et ce, de façon particulièrement dramatique dans certaines villes telles que Chicago. Et bien que les taux d'homicides soient aujourd'hui revenus à leur niveau des années 1960, le taux de criminalité violente (qui fait intervenir un grand nombre d'armes) reste à un niveau bien plus élevé que ce qu'il était il y a 50 ans.

Si l'attention des médias se focalise principalement sur des tueries comme celle de l'université Virginia Tech à Aurora, la violence armée reste essentiellement concentrée dans les quartiers pauvres des grandes villes, où la plupart des victimes sont des personnes de couleur et pauvres. L'exemple le plus extrême est sans doute celui de la Nouvelle-Orléans (Sud), où le taux d'homicides en 2004 était de 52 personnes tuées pour 100.000 habitants, soit dix fois la moyenne nationale.

La ville de Chicago a récemment connu une forte hausse de la violence armée. Mais, comme l'a fait remarquer le New York Times, sur plus de 500 personnes tuées en 2012 à Chicago, plus de 400 l'ont été dans seulement la moitié des 23 arrondissements de police de la ville, soit les quartiers Sud et Ouest de la ville.

Les personnes qui s'opposent au contrôle des armes affirment que la forte baisse du taux d'homicides démontre que le taux de violence n'est pas lié au nombre d'armes en circulation ni à la sévérité des réglementations. D'un autre côté, des partisans du contrôle des armes comme l'ancien maire de New York, M. Mike Bloomberg, affirment quant à eux que si le nombre d'homicides dans sa ville a atteint son point le plus bas en 50 ans (334 personnes tuées à New York en 2016, contre 2245 en 1989), cela démontre plutôt l'efficacité d'une force de police devenue beaucoup plus agressive et des mesures prises pour interdire le port d'arme dans les lieux publics.

En réalité, le contrôle des armes est bien plus strict dans la plupart des grands centres villes qu'il ne l'est dans les banlieues et les zones rurales. D'autre part, si la présence policière massive dans les quartiers pauvres a certainement eu un effet, cela s'est fait aux dépens de la population, contrainte de vivre dans des mini-États policiers où la police oppresse systématiquement les jeunes hommes, en parallèle à la construction à l'échelle nationale d'un véritable « archipel du goulag » à l'américaine.

Mais il y a clairement d'autres raisons pour la baisse du taux d'homicide, dont la fin de l'épidémie de crack des années 1980. Un facteur plus récent a été l'amélioration de la médecine d'urgence, qui a grandement amélioré les chances de survie des personnes blessées par balles. À ce propos, nous aimerions citer en long et en large un article du Wall Street Journal en date du 8 décembre 2012, qui démontre bien ce point essentiel : l'épidémie de violence est en réalité toujours aussi endémique dans la société états-unienne :

« Le nombre d'homicides aux États-Unis diminue depuis vingt ans, mais le pays est toujours aussi violent.

Les criminologues qui attribuent la baisse du nombre de meurtres au fait que la police serait plus efficace et la population vieillissante pour dépeindre l'image d'une nation de plus en plus calme oublient souvent cette simple donnée : le nombre de personnes traitées dans les hôpitaux pour blessures par balles s'est accru de 50 % entre 2001 et 2011. Si les importants progrès qu'a connu la médecine ces dernières années n'explique sans doute pas à lui seul la baisse du taux d'homicides, tous les experts s'accordent à dire qu'ils jouent néanmoins un rôle très important.

Les médecins urgentistes chargés de soigner les personnes ayant subi des attaques par balles ou au couteau disent que de plus en plus de gens survivent aujourd'hui à leurs blessures en raison de la création de nombreux nouveaux centres hospitaliers de traumatologie spécialisés dans le traitement des blessures graves, du recours de plus en plus fréquent à des hélicoptères pour amener les patients à l'hôpital, d'une meilleure formation des secouristes, ainsi que de l'expérience acquise sur les champs de bataille d'Iraq et d'Afghanistan ».

En gros donc, le nombre de blessés par balles continue à augmenter, mais les gens meurent moins facilement de leurs blessures qu'avant. Et la violence est toujours aussi omniprésente.


Après avoir « fait leur stage » en Iraq, les docteurs états-uniens sont fins prêts
pour soigner un nombre croissant de blessures par balles chez eux

Pourquoi la société états-unienne est-elle si violente ?

Il est impossible de mettre en évidence un seul facteur qui expliquerait à lui seul le niveau particulièrement élevé de la violence aux États-Unis. Il est clair que le fait que les États-Unis sont le pays le plus inégalitaire de tous les pays capitalistes « développés » doit jouer un rôle majeur. Rappelons au passage que les États-Unis ont un taux de pauvreté plus élevé (17 % en 2002) que les 22 autres pays développés membres de l'OCDE. Le taux d'inégalité contribue en effet directement au sentiment d'aliénation ressenti par la masse de la population. Mais les énormes inégalités des États-Unis sont aussi la conséquence des conditions spécifiques du développement du capitalisme états-unien.

Remarquons d'abord que la société états-unienne a été plongée dans la violence dès sa naissance. Historiquement, les États-Unis ont été un pays de pionniers, où la campagne sanglante destinée à arracher leurs terres aux peuples autochtones et qui a duré jusqu'à la fin du 19e siècle a impliqué l'armement d'une grande partie de la population.

Plus important encore, il y a l'héritage de l'esclavage et la répression violente permanente des communautés afro-américaines, qui perdure encore aujourd'hui. La « guerre contre la drogue » des années 1970 n'était qu'une tentative de plus de criminaliser et d'opprimer la jeunesse noire, considérée par l'État comme la couche la plus radicale de la société, tout en constituant une stratégie électorale et politique pour entretenir le racisme malgré la fin officielle de la ségrégation légale, à la même époque.

C'est ainsi que les États-Unis sont un des pays qui comptent le plus de prisonniers au monde, ce qui est en soi également une importante source de violence, quand des centaines de milliers de consommateurs ou trafiquants de drogues inoffensifs intègrent le monde extrêmement violent de la prison pour un certain nombre d'années, avant d'en ressortir en voyant leurs droits de citoyen fortement diminués et encore plus socialement aliénés qu'ils ne l'étaient avant d'arriver en prison.

Dans certaines localités qui comptent parmi les plus déprimées des États-Unis, on voit une combinaison toxique formée d'une pauvreté systématique, d'une aliénation de masse et d'une féroce répression étatique. La violence en est la conséquence inévitable. Le fait qu'il soit si facile de se procurer une arme contribue-t-il à cette violence ? Cela ne fait aucun doute, mais il ne s'agit pas de la cause fondamentale.

Et même si des petites villes plus aisées comme Newtown connaissent une dynamique sociale fort différente, il reste indéniable que l'anxiété causée par l'incertitude économique et l'aliénation sociale généralisée est omniprésente dans la société états-unienne. Et il semble bien que l'aliénation est encore pire pour les jeunes qui grandissent dans des banlieues résidentielles de villas individuelles qui ne comptent aucun espace de rencontre, parc public, etc. C'est ainsi qu'un auteur d'une étude sur les « fusillades sauvages » aux États-Unis faisait remarquer que « depuis 1970, on n'a connu dans tout le pays qu'un seul cas de fusillade sauvage dans une école située dans un centre-ville » (The Nation, 19 décembre 2012).

Il faut également ajouter la forte déficience de notre système de santé mentale, conséquence inévitable d'un système de soins de santé où tout est laissé au profit tandis que les budgets des services sociaux et des hôpitaux publics sont systématiquement rabotés. Ces facteurs ne font qu'allonger la série des massacres.

L'impérialisme états-unien propage de manière très enthousiaste une violence de masse partout dans le monde par ses interventions armées, ce qui contribue aussi directement à la violence aux États-Unis eux-mêmes. Cette politique guerrière, justifiée par la soi-disant « guerre contre le terrorisme », a directement contribué à la gigantesque expansion de l'appareil d'État. Obama et les autres politiciens capitalistes ont beau appeler à « mettre fin à la violence » aux États-Unis, cela ne les empêche curieusement pas d'envoyer des drones bombarder le monde entier, de commettre des assassinats politiques à gauche à droite et de militariser la police partout dans le pays.

Mais il existe encore d'autres causes indirectes. Comme les marxistes aiment à le répéter, la production culturelle d'un pays tend inévitablement à refléter le point de vue et les valeurs de la classe dominante dans la société. Étant donné que la classe dirigeante a pour habitude de répondre par une violence systématique à toute menace ou ennemi qu'elle croit apercevoir de près ou de loin, nous ne devons pas être surpris de voir cette même tendance à la violence systématique se refléter dans les films, dans les jeux vidéo, et même dans la musique, où partout est idéalisé ce culte des armes et de la mort.


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L'état actuel du début sur le contrôle des armes – et notre position

Après des années durant lesquelles les mesures de contrôle, surtout au niveau fédéral, étaient perçues par les libéraux comme impossibles à mettre en œuvre en raison de la puissance de la NRA, le débat est revenu à l'avant-plan à la suite de la tuerie de Newtown. C'est alors qu'Obama a décidé de faire de cet enjeu un des principaux points du programme de son second mandat, en même temps que la réforme de l'immigration, la réforme fiscale et le changement climatique.

Dans les médias capitalistes, le débat sur le contrôle des armes est uniquement représenté par deux camps : d'un côté les principaux cadres du Parti démocrate, les maires des grandes villes et toute une section de la classe capitaliste qui a décidé qu'il est temps de mettre au pas la NRA ; de l'autre, les Républicains de droite, soutenus par la NRA et qui font tout pour résister à toute tentative de renforcer le contrôle sur les armes.

Le point de départ de notre prise de position concernant cet enjeu est notre sympathie avec le désir de la plupart de nos concitoyens de voir un terme à toute cette violence, et notamment la fin des massacres. Nous rejetons totalement l'idée de la NRA selon laquelle la solution à des tueries comme celle de Newtown serait d'avoir un policier armé dans chaque école du pays, et rejetons encore plus l'idée mise en avant par certaines personnalités de droite, dont le président Trump, d'autoriser les enseignants à porter des armes en classe (le Dakota du Sud a déjà appliqué une loi en ce sens !). Leur argument est que « pour stopper les méchants armés, il faut armer les gentils ». Cela ne va faire qu'entrainer encore plus de violence dans la société, et non moins.

Bien que nous soyons fermement convaincus du fait que les prolétaires, les minorités raciales et les opprimés doivent avoir le droit de se défendre contre la violence des patrons, de l'État et des groupes réactionnaires, nous estimons que le niveau actuel de violence par balles aux États-Unis représente en réalité aujourd'hui un véritable obstacle au développement de la lutte sociale. Tout en défendant notre position théorique d'ordre général sur l'État, et sans faire la moindre concession aux libéraux pour qui l'État est un « arbitre neutre », il nous faut examiner cette question de façon concrète, en tenant compte des conditions, du rapport de force et du niveau de conscience actuels.

Peut-on de nos jours affirmer que la large circulation des armes à feu aux États-Unis est un facteur contribuant à renforcer la position de la classe prolétaire ? La réalité est que non. En fait, la plus grande libéralisation de l'accès aux armes de ces 30 dernières années a coïncidé avec une large offensive de la part de la classe dirigeante contre les droits démocratiques, avec le renforcement des pouvoirs répressifs de l'État. Les principales forces qui s'opposent au contrôle sur les armes sont aussi celles qui propagent une idéologie de droite sexiste, raciste et individualiste qui affaiblit la classe prolétaire.

De plus, c'est justement la menace posée par toute cette violence, que ce soit le risque quotidien de voir se déclencher une fusillade dans toute une série de localités ou le danger d'une attaque terroriste, qui donne à l'État le prétexte tout prêt pour renforcer ses pouvoirs répressifs. Cela ne veut cependant pas dire que nous devons nous aligner sur la position des libéraux qui prêchent le contrôle sur les armes et pour qui la circulation des armes est le problème fondamental alors qu'il n'en est qu'un facteur aggravant. Notre tâche est d'articuler une position prolétarienne indépendante.

Nous rejetons l'argument de la NRA selon lequel les quelques mesures très limitées proposées par Obama pour restreindre la circulation des armes représentent une atteinte au Deuxième Amendement et au droit à porter une arme. Personne à l'heure actuelle n'a encore sérieusement proposé de tenter de désarmer la population, ne serait-ce qu'en partie. Les seules zones où on voit la police tenter de désarmer la population par la force sont les logements sociaux dans les centres-villes.

La sécurité à l'école selon la NRA : armer le vigile, la maitresse et
la tantie de la cantine ; blinder les élèves et le bus de l'école.

Mais il ne suffit pas de s'opposer aux tentatives faites par la NRA pour encourager la paranoïa collective. Il nous faut aussi être clairs sur le fait qu'il existe bel et bien des raisons légitimes pour lesquelles les citoyens désirent porter une arme. Ainsi, dans les zones rurales, les armes sont couramment utilisées pour la chasse, pour combattre les prédateurs et pour les loisirs. Cela ne mène pas à des niveaux insensés de violence. De même, de nombreux habitants des villes et des banlieues désirent porter des armes pour leur protection personnelle. C'est surtout le cas dans les zones où la violence est endémique. Il ne faut par exemple pas être surpris si de nombreuses femmes cherchent à se procurer une arme pour pouvoir se défendre. En tant que socialistes, nous ne sommes pas des pacifistes ; nous ne nous opposons donc pas à ce que de simples citoyens possèdent une arme ou désirent en posséder une.

La question que la plupart des gens se posent et à laquelle ils veulent une question dès aujourd'hui est en réalité celle-ci : « Comment diminuer toute cette violence ? ». Les bourgeois qui nous parlent de contrôle sur les armes n'ont en vrai aucune réponse sérieuse à apporter à cette question. Même si toutes les mesures proposées par l'administration Obama étaient votées au parlement, toute notre histoire indique que l'industrie de l'armement, un cartel extrêmement puissant, trouvera des manières de les contourner. C'est ce qui s'est passé après la soi-disant « interdiction » de la vente des armes d'assaut en 1994.

L'autre raison fondamentale pour laquelle le camp bourgeois du contrôle sur les armes ne parvient pas à trouver une solution à la violence est que, comme nous l'avons déjà indiqué plus haut, la principale source de toute la violence dans notre société est le capitalisme lui-même, y compris l'État capitaliste.

Des mesures qui seraient réellement destinées à faire baisser le taux de violence incluraient la fin de la « guerre contre la drogue », la décriminalisation de la plupart des drogues (il faut insister ici sur le fait que « décriminaliser » ne veut pas dire « autoriser » ; ce que nous entendons par là est que le problème de la drogue devrait être considéré avant tout comme un problème de santé publique et non comme quelque chose qu'il faut régler par la force), la libération des centaines de milliers de personnes condamnées à la prison pour faits de drogue alors qu'elles sont parfaitement inoffensives, et le démantèlement du système judiciaire criminel, raciste et hypertrophié en vigueur actuellement. Toutes ces mesures feraient beaucoup plus pour réduire le niveau de violence dans la société que toutes les mesures de contrôle sur les armes que l'on peut imaginer.

Nous voulons aussi prendre des mesures sérieuses contre les énormes profits de l'industrie de l'armement en interdisant la vente d'armes par ces entreprises ou par le gouvernement aux régimes de droite du monde entier. Nous voulons aussi la fin des aventures militaires de l'impérialisme états-unien partout dans le monde et une réduction drastique du budget de l'armée et du Pentagone. Les ressources ainsi libérées pourraient être utilisées pour créer des emplois, améliorer le système d'enseignement et le système des soins de santé (y compris pour la santé mentale) et les services sociaux, ce qui contribuerait par la même occasion à réduire le taux de violence dans notre pays comme à l'étranger. Enfin, nous sommes pour l'annulation de la loi Patriote et autres lois qui autorisent l'État à espionner les citoyens et à recourir à une violence accrue à leur encontre, sans que cela ne contribue d'aucune manière à leur sécurité.

Un simple programme de création massive d'emplois, un nouveau salaire minimum de 15 $ de l'heure (8000 FCFA) appliqué au niveau national et d'autres mesures sociales comme une véritable couverture maladie universelle et l'extension des soins de santé mentale peuvent être d'importantes mesures prises en vue d'obtenir une société moins violente et plus saine. Nous défendons toute mesure capable de réduire le taux d'inégalité dans la société états-unienne et destinée à démanteler le racisme institutionnel. Cependant, nous insistons sur le fait que nous ne pourrons jamais obtenir une société véritablement égalitaire et juste tant que nous ne sortons pas du cadre du capitalisme. Car même des réformes très modestes se retrouveront rapidement en contradiction avec les limites de ce système malade et putréfié.

Une fois de plus, nous voulons insister sur le fait que ces mesures que nous proposons seraient bien plus efficaces pour réduire le niveau de violence que n'importe quelle mesure de « contrôle sur les armes », qui révèlera certainement son inefficacité. Toutefois, dans le contexte de notre mission qui est de renforcer la lutte des prolétaires pour leurs droits, nous acceptons de défendre certaines mesures de contrôle sur les armes telle que l'examen du vécu de la personne pour les ventes d'armes, l'interdiction de la vente d'armes de guerre semi-automatiques et la réduction de la taille des chargeurs en vente, dans la mesure où ces mesures pourraient contribuer à diminuer le taux de violence, ne serait-ce que de manière limitée.

Nous avons cependant des réserves quant à la plupart des propositions d'examen du vécu. Par exemple, la proposition d'interdire l'achat d'une arme à toute personne ayant déjà été condamnée signifie dans la pratique exclure une importante portion de la classe prolétaire noire – et les Blancs seraient à nouveau privilégiés pour l'obtention d'armes. Il faudrait dès lors au moins envisager la mise en place d'une procédure d'appel dans le cadre de cet examen du vécu.

Une fois de plus, à aucun moment nous ne voulons dire que les nombreuses personnes détentrices d'une arme ou désireuses de s'en procurer une n'ont pas une raison légitime et bien fondée pour cela. Cependant, nous ne pensons pas que la situation actuelle soit dans les meilleurs intérêts de la classe prolétaire. Ce n'est pas toutes les questions auxquelles on peut simplement répondre par « oui » ou par « non ». Notre position recèle des contradictions, nous le reconnaissons, mais nous pensons que cela n'est en définitive que le reflet de la vie sous le capitalisme, un système lui-même rempli de contradictions insurmontables, et que les contradictions de notre position ne sont rien par rapport à celles que nous impose et nous imposera ce système tant que nous vivrons selon ses lois.

« ARMEZ-MOI avec une bonne bibliothèque dans ma salle de classe ;
ARMEZ-MOI avec de bons services de santé mentale », etc.