samedi 7 novembre 2015

Afrique du Sud : Après la victoire du mouvement étudiant

Comment faire progresser la lutte pour un enseignement gratuit ?


Le mouvement #feesmustfall (« les frais d'inscription doivent tomber ») est dorénavant entré dans l'histoire. Après seulement dix jours de lutte, le gouvernement ANC s'est vu contraint de reporter la hausse des frais d'inscription à après 2016. Il s'agit d'une très importante victoire pour les étudiants, et d'une défaite extrêmement humiliante pour le gouvernement ANC, la plus humiliante depuis qu'il est arrivé au pouvoir ! Dans les différentes universités, d'autres concessions ont été arrachées de la part des recteurs. Par exemple, à Wits, il n'y aura plus de sous-traitance des travaux ; à l'université de Pretoria, les étudiants pauvres ne devront plus payer les moindres frais d'inscription. Le mouvement #feesmustfall a maintenant lancé tout un débat au niveau national sur la « possibilité » d'un enseignement gratuit. Le sentiment qui vit maintenant à travers toutes les couches de la société est qu'il est tout à fait possible de passer à un enseignement totalement gratuit, pas seulement au niveau des frais d'inscription, mais aussi des logements, du transport, des fournitures et même des cantines pour les étudiants.

Mais on manque en ce moment de clarté quant à la stratégie à suivre pour renforcer le mouvement. Sur certains campus, les cours ont repris, alors que d'autres continuent le blocage. D'autres encore sont divisés entre partisans de la reprise des cours et ceux qui veulent poursuivre le mouvement. Le danger est à présent qu'on risque de perdre l'unité des étudiants qu'on a réussi à organiser à une échelle massive et dans tout le pays, alors que c'est justement cette unité qui a permis au mouvement d'obtenir cette victoire retentissante.

La question pour tous ceux qui désirent renforcer cette lutte pour un enseignement gratuit est donc : comment consolider notre victoire et préserver l'unité de masse des étudiants à l'échelle nationale ?

Déclaration du Mouvement des jeunes socialistes d'Afrique du Sud (SYM)


Maintenir et renforcer l'unité

Il est tout à fait compréhensible que beaucoup d'étudiants désirent à présent retourner en classe et passer leurs examens avant la fin de l'année. Beaucoup d'entre eux ont participé au mouvement #feesmustfall et soutiennent la lutte pour un enseignement gratuit. Cependant, ils ont le sentiment que ne pas passer les examens reviendrait à abandonner les acquis du mouvement.

Mais il est tout autant compréhensible que d'autres désirent continuer la lutte et se battre pour un enseignement gratuit dès maintenant. Pour de nombreux étudiants pauvres, la lutte pour l'enseignement gratuit est la seule manière de pouvoir poursuivre leurs études et de passer leurs examens. Par exemple, à l'université Tshwane de technologie, 5000 étudiants doivent payer leurs arriérés de frais d'inscription avant le 31 octobre sous peine de se voir exclus. Dans une telle situation, la lutte de masse doit continuer.

Parmi les étudiants qui souhaitent maintenir la grève nationale, il y a le sentiment que la poursuite de la lutte est une affaire de principe. Il y a le sentiment que toute retraite, toute pause dans la lutte, reviendrait à trahir la cause. Beaucoup de ces étudiants ont bien entendu tiré des conclusions révolutionnaires au cours de lutte. À présent, pour eux, il est clair que le capitalisme sud-africain est dégénéré et que les politiciens corrompus qui le défendent doivent être dégagés. SYM est totalement d'accord sur ce point. Il est très clair qu'on ne peut faire confiance au gouvernement pour tenir ses promesses d'organiser l'enseignement gratuit. Cependant, cela ne veut pas dire que la meilleure manière de poursuivre la lutte pour l'enseignement gratuit est de tenter de continuer la grève avec une minorité d'étudiants, quand bien même ces étudiants soient honnêtes et entièrement dévoués à la cause, jusqu'à ce que cette minorité finisse par être arrêtée ou exclue et forme une nouvelle génération de martyrs. Oui, il est possible de poursuivre la lutte pour l'enseignement gratuit tout en allant passer les examens aujourd'hui.

Le rôle des révolutionnaires, à cette étape de la lutte, est de poursuivre l'implantation dans la masse des étudiants, en continuant à élever le niveau de compréhension politique et d'organisation du mouvement pour pouvoir continuer la lutte pour l'enseignement gratuit à partir d'une position d'unité et de force.

Quelles sont les conclusions immédiates que nous devons tirer à partir de ces différents courants d'humeur pour les étudiants pour renforcer notre tactique ? Les étudiants qui désirent aller passer leurs examens ne sont pas devenus nos ennemis. Toute tentative d'interrompre les examens par une minorité risque de causer une scission du mouvement. Les examens et les cours doivent reprendre si c'est la volonté des étudiants. Mais cela doit se faire selon la volonté des étudiants. Nous devons donc exiger que 1) le calendrier des examens soit établi de sorte à donner assez de temps pour pouvoir bien s'y préparer, 2) aucun étudiant ne doit être exclu pour non-paiement des frais d'inscription (ce qui veut aussi dire qu'aucun résultat ne doit être retenu pour non-paiement des frais d'inscription) et 3) tous les frais d'inscription pour l'année prochaine doivent être annulés.

Notre tactique doit donc maintenant consister à ouvrir les universités mais en maintenant la pression en organisant des marches, des meetings et des actions de protestation afin que les recteurs sachent qu'on ne les a pas oubliés et que nous sommes toujours prêts. Les étudiants doivent profiter de ce répit pour aller chercher les professeurs et les travailleurs de l'université et les inviter à rejoindre la lutte pour l'amélioration des conditions de vie et de travail sur le campus, notamment contre la sous-traitance des tâches d'entretien.

Sur les campus où la lutte pour l'enseignement gratuit est toujours bien vivace, comme l'université Tshwana de technologie (TUT), la grève doit continuer si cela est le résultat d'une lutte de MASSE. Si la grève à TUT continue pour lutter contre les exclusions des étudiants qui n'ont pas payé les frais d'inscription, les raisons de ce maintien doivent être bien communiquées, et il faut s'assurer que la poursuite de la grève bénéficie de soutien et d'actions de solidarité de la part des autres universités.

Mais nous devons aussi veiller à ne pas seulement rester sur le campus. Il faut organiser des meetings et des marches sur les sièges des différents partis politiques et des différentes institutions financières, afin de renforcer la compréhension du fait que la lutte pour un enseignement gratuit est une lutte POLITIQUE. Par exemple, la marche sur la Banque centrale est une excellente initiative. Nous devons aussi faire attention à préserver l'énorme sympathie qui vit à travers toute la société envers notre mouvement. Nous devons discipliner nos actions : c'est la seule manière de nous assurer que notre message soit bien entendu. Les associations de quartier, les syndicats de travailleurs, doivent être invités à nos actions afin de renforcer et bâtir l'unité avec la classe prolétaire.

La marche sur le siège de l'Union a été la manifestation décisive qui a
contraint Zuma à annuler la hausse des frais d'inscription

Le mouvement doit s'organiser

C'est le développement « spontané » et « à partir de la base » du mouvement pour l'enseignement gratuit qui lui a donné sa force initiale. Cette force a totalement mis de côté les soi-disant « leaders » de l'Alliance de la jeunesse « progressiste » (PYA), composée du Congrès des étudiants sud-africains, de la Ligue de la jeunesse de l'ANC et de la Ligue des jeunes communistes.

Les organisations des jeunes « progressistes » sont toutes liées à ce même gouvernement contre lequel nous luttons ! Nous avons toujours prévenu du fait que les dirigeants de ces organisations allaient tout faire pour détourner notre lutte et la rendre inoffensive. Au plus fort de la lutte, la PYA a cherché à donner l'illusion qu'elle était à la tête du mouvement alors qu'en réalité, elle était à sa queue ! Le Congrès des étudiants sud-africains a tout d'abord condamné la marche sur le siège de l'Union ! Mais la force du mouvement de masse les empêche de faire ce genre de déclarations aujourd'hui. Pendant ce temps, les simples membres de ces organisations étudiantes étaient unis aux côtés de la masse des étudiants en lutte, qui n'a aucune affiliation politique.

Mais à présent que le mouvement cherche à souffler un peu, les dirigeants de la PYA, souvent via les conseils de représentation étudiante qu'ils contrôlent, vont chercher à emballer ce mouvement pour le ranger. On voit déjà ce processus se produire dans toute une série d'universités, où ces jeunes sont maintenant occupés à tenter de diviser le mouvement. Par exemple, à Wits, le conseil de représentation étudiante dirigé par la PYA a ignoré les décisions prises en AG et a signé un accord avec le rectorat pour promettre la reprise des cours le 28 octobre.

De plus en plus d'étudiants se méfient, voire rejettent, les conseils de représentation étudiante entre les mains de la PYA. Mais la force initiale du mouvement, sa spontanéité, est maintenant en train de devenir un obstacle à sa progression. Notre manque d'organisation est justement la raison de la confusion qui vit à présent, et c'est ce qui est en train de créer un vide dans lequel s'installent la PYA pour trahir la lutte pour un enseignement gratuit. Il faut s'organiser !


Pour SYM, nous devons immédiatement :

  • Convoquer des AG sur chaque campus afin d'élire un comité de direction qui n'aura à rendre compte qu'au mouvement en lui-même. Ces comités auront pour mission de coordonner la poursuite du mouvement.
  • Convoquer des assemblées régionales de délégués du mouvement pour l'enseignement gratuit afin d'aller à une assemblée nationale d'ici la fin de l'année.


Ainsi, nous pourrons sauvegarder les acquis que nous avons gagnés tout en assurant la continuité de la lutte. Le gouvernement et les rectorats doivent négocier avec les dirigeants de notre mouvement élus en AG, PAS avec les conseils de représentation étudiante ni avec la PYA qui prétendent parler en notre nom. Le mouvement pour l'enseignement gratuit doit être en mesure de présenter ses propres candidats lors des prochaines élections aux conseils de représentation étudiante.

La spontanéité du mouvement a été une force, mais il est temps à présent
de l'organiser

SYM : qui sommes-nous ?

La mission du Mouvement des jeunes socialistes est de contribuer à la venue d'une société socialiste, dans laquelle les besoins de tous primeront sur les profits de quelques-uns. Le socialisme ne peut être créé que par la force de la classe prolétaire, forte de dizaines de millions de gens. Les étudiants doivent construire un mouvement de jeunesse révolutionnaire de masse, en tant que contribution à la lutte pour le socialisme. Pour nous, les campus sont un des trois centres principaux de la lutte, au même titre que la lutte industrielle et que la lutte populaire dans les quartiers. Sur chacun de ces terrains de lutte, nous devons unir la population et construire de nouvelles organisations de masse. À leur tour, chacun de ces terrains de lutte doivent être unis par un parti prolétarien socialiste de masse.

SYM est lié au Parti ouvrier et socialiste (WASP), un parti révolutionnaire lui-même associé au Comité pour une Internationale ouvrière, qui lutte pour le socialisme dans plus de 40 pays du monde. Mais le SYM et le WASP sont totalement différents des autres organisations étudiantes que l'on connait et des partis politiques qui leur correspondent. Nous ne luttons pas pour une place au conseil de représentation en vue d'apprendre à gérer le système et de nous enrichir ; nous luttons pour CHANGER de système. Le véritable changement n'est accompli que par des mouvements de masse, comme le mouvement pour l'enseignement gratuit l'a démontré. Nous nous basons sur notre confiance inébranlable dans les masses et dans leur capacité à tirer des conclusions révolutionnaires. Pour nous, une organisation véritablement révolutionnaire n'a aucun intérêt en-dehors de ceux des masses des jeunes et des travailleurs. Notre rôle est d'aider la jeunesse et la classe prolétaire à prendre le pouvoir via ses propres organisations démocratiques de masse.

Nous appelons la jeunesse à rejoindre SYM non pas parce que nous aurions promis des postes aux conseils de représentation étudiante ou au parlement, mais pour nous aider à diffuser notre message, nos idées, nos conseils de stratégie, pour contribuer à la construction d'un mouvement de masse capable de guider les millions de jeunes et de travailleurs à la conquête du pouvoir.

Le Mouvement des jeunes socialistes sud-africains, affilié au WASP et au CIO

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