mercredi 15 octobre 2014

Moyen-Orient : Frappes aériennes américaines sur l'« État islamique »

Une intervention vouée à l'échec



Tandis que la bataille pour Kobanê fait rage, les forces de EI gagnent de plus en plus de terrain en Iraq


Tony Saunois, secrétaire général du CIO


Obama et ses alliés occidentaux tels que Cameron au Royaume-Uni, voulaient faire croire qu'une politique d'intervention se limitant à des frappes aériennes suffirait à empêcher l'avancée des forces du groupe « État islamique » en Iraq et en Syrie. Mais à présent, tandis que se rapproche la perspective d'une défaite des forces kurdes qui combattent EI pour le contrôle de la ville de Kobanê, cette politique a prouvé son inefficacité. Les forces de EI avancent dans la ville et, au moment où nous rédigeons cet article, semblent sur le point d'engranger une nouvelle victoire. Alors qu'on fait état de scènes de massacres horribles dans la ville par les forces enragées du groupe réactionnaire qu'est EI, les frappes aériennes américaines sur les forces de EI n'ont eu que très peu d'effet et se sont avérées impuissantes à contrer leur progression. La population kurde de Kobanê mène une lutte courageuse tout autant que désespérée : elle sait que si elle ne vainc pas EI, c'est le massacre qui l'attend.

Ce n'est pas qu'en Syrie que la politique de frappes aériennes prônée par Obama et Cameron est vouée à l'échec. L'évolution de la situation en Iraq, surtout dans la province d'al-Anbâr, dans l'ouest du pays (à la frontière avec la Syrie, la Jordanie et l'Arabie), voit les forces de EI effectuer de grandes percées. La province d'al-Anbâr, qui compte pour près de 25 % du territoire iraqien, ainsi que toutes les plus grandes villes de la province, à l'exception de Haditha et de deux bases militaires près de Hit et de Falloujah, sont tombées entre les mains de EI. Une fois de plus, l'armée iraqienne a été mise en déroute sans avoir offert la moindre résistance. Le bilan de l'incessante catastrophe humanitaire en Iraq s'alourdit en conséquence avec le départ de la province de 750 000 nouveaux réfugiés.

Un désastre à tous points de vue

Al-Anbâr


Il est maintenant probable que les forces de EI se préparent à lancer une nouvelle offensive dont l'objectif sera de s'emparer des quartiers ouest de Bagdad, à majorité sunnite. La province d'al-Anbâr avait constitué le cœur de l'insurrection sunnite contre l'occupation américaine en 2003. Le facteur principal qui explique les victoires actuelles de EI en Syrie et en Iraq n'est pas seulement la quantité d'armes lourdes qu'il est parvenu à capturer à la suite de ses victoires sur l'armée iraqienne, mais aussi au fait que cette avancée a acquis le caractère d'une nouvelle insurrection sunnite généralisée.

Les milices chiites qui ont quelque peu progressé dans les quartiers nord et nord-est de Bagdad, ont répondu aux attaques de EI d'une manière brutale et sans chercher à distinguer les combattants de EI des simples civils sunnites. Cela a contribué à pousser encore plus de sunnites à rejoindre les rangs de EI, puisque nombre d'entre eux ne voient pas d'autre force à même de les “défendre”. Les milices chiites dans Bagdad parlent ouvertement de chasser les sunnites des quartiers encore mixtes de la ville. Si les forces de EI ont pu trouver une base sociale, c'est à cause de l'oppression perpétrée à l'encontre de la population sunnite par le gouvernement iraqien de Maliki, installé par les États Unis à la suite de l'invasion de 2003.

Cette crise va certainement s'intensifier à la suite de ces évènements en Iraq, avec la possible chute de Kobanê entre les mains des forces de EI. En Turquie, le régime du Premier ministre Erdoğan a consciemment refusé toute intervention contre les forces de EI qui marchaient sur Kobanê, car il craint qu'une victoire des forces kurdes qui défendent Kobanê n'encourage la lutte de libération nationale des 15 millions de Kurdes dont le territoire appartient à la Turquie. La plupart des combattants à Kobanê sont regroupées dans les unités de protection populaire dirigées par le Parti de l'union démocratique (PYD, Partiya Yekîtiya Demokrat) de la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, Partiya Karkerên Kurdistan) dont la base se trouve en Turquie. Ce serait un grand soulagement pour le régime Erdoğan de voir la ville tomber entre les mains de EI plutôt que de voir le PYD sortir victorieux de cette bataille. On voit d'ailleurs que des accords semblent avoir été conclus entre lui et EI à ce sujet, vu la récente libération d'otages turcs par EI.

Les milices de EI contribuent à semer la discorde parmi la population iraqienne

Aucune confiance dans les dirigeants régionaux ni dans l'impérialisme


Nous ne pouvons accorder la moindre confiance dans les dirigeants régionaux ni dans l'impérialisme occidental en ce qui concerne la résolution de cette crise. Aucune “solution” proposée par ces puissances ne permettra d'améliorer le sort de l'ensemble de la population de la sous-région. L'intervention impérialiste occidentale ne fait qu'aggraver le désastre. D'ailleurs, faut-il rappeler que la crise actuelle tire en grande partie ses origines de la série d'“interventions” impérialistes qui ont eu lieu dans toute la sous-région au cours des dernières années ? Nous ne pouvons pas avoir la moindre confiance non plus dans les élites et dirigeants sunnites ou chiites des différents pays de la sous-région, qui ne s'impliquent dans ce conflit que dans le but de satisfaire leurs propres intérêts. La Turquie cherche à renforcer son expansion en Syrie, désireuse de rétablir son empire sur cette région comme à l'époque ottomane.

Obama parle maintenant de mettre en place une coalition avec des puissances sunnites telles que l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis afin de contrer EI. Cependant, même si certaines des dynasties corrompues et répressives au pouvoir à la tête de ces pays ne soutiennent pas pleinement les actions de EI, d'autres l'ont activement soutenu ; et toutes ont leurs propres intérêts à défendre, qui ne sont pas ceux d'Obama. Pour elles, vaincre EI n'est pas une priorité. De plus, sur le court terme, ces régimes considèrent que EI cause et causera plus de problèmes à leurs rivaux chiites (au Liban, en Iran, etc.) qu'à eux-mêmes.

Les États-Unis ont une manière bien particulière de participer
au développement du Moyen-Orient

Il faut un mouvement uni des masses



Afin de contrer la terreur semée par EI et par les autres forces sectaires réactionnaires dans la sous-région, il faut construire un mouvement uni des masses arabes sunnites et chiites ensemble avec les Kurdes, les Turcs et les autres peuples de la sous-région. Pour combattre la menace réactionnaire et sanglante que fait peser EI sur Kobanê et ailleurs en Syrie et en Iraq, il faut mettre sur pied des comités dont la tâche sera de former des milices de masse. Il faut lutter pour contraindre la Turquie à lever l'embargo sur les armes, afin d'armer ces milices d'auto-défense. En Turquie, il faut former des comités de travailleurs turcs et kurdes pour mener une lutte unie. La construction de comités de masse mixtes regroupant sunnites et chiites en Iraq, ensemble avec le peuple kurde, contre les forces sectaires, quelles qu'elles soient, nous permettra d'aller de l'avant. 

Ces comités pourraient former la base d'un nouveau gouvernement – un gouvernement des travailleurs, des paysans et de tous les exploités du capitalisme et de l'impérialisme. Une fédération socialiste des États de la sous-région, constituée sur une base volontaire et égalitaire, serait seule à même de garantir les droits démocratiques, nationaux, ethniques et religieux pour toute la population de la sous-région.

Femmes kurdes au combat pour la défense de Kobanê
– un péché mortel pour EI

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